__________________________________IES _ MARKETING _ STRATEGIE _ EXPORT _ LEAN _ FINANCEMENT _ PLM
____
_________________________________________________AERONAUTIQUE & INDUSTRIES

06 juillet 2012

Airbus bouscule l'establishment aéronautique aux Etats Unis. $158,5 millions d'aides de l'Etat (+MAJ1)


Après Airbus le chinois, Airbus l'américain ? Evènement exceptionnel dans le monde aéronautique. Tout le monde a pu lire dans la presse qu'Airbus va produire des A320 aux Etats-Unis. Airbus prévoit une production de 40 à 50 appareils par an d'ici 2018. Cette stratégie industrielle froisse Boeing qui voit ainsi son principal concurrent venir dans son pré carré. Les principaux clients d'Airbus aux Etats Unis, compagnies aériennes, pourront ainsi être soulagées : acheter Airbus, c'est acheter américain. Et dans un pays sensible à la question du patriotisme économique (on se souvient des critiques virulentes autour du contrat des ravitailleurs de l'US Air Force), Airbus s’enlève une épine dans le pied. 

Production: La stratégie industrielle d'Airbus est transparente: se rapprocher de ses deux principaux clients, la Chine et les Etats Unis, en ouvrant une chaine d'assemblage final dans chacun des deux pays. Comme le souligne Air & Cosmos, Airbus "disposera ainsi de quatre sites d’assemblage de ses monocouloirs à Toulouse (à la cadence maximale de 14 appareils par mois), à Hambourg (dont la cadence est d’environ 24 appareils par mois et peut encore croître grâce à la mise en service d’une troisième chaîne en fin 2011), à Tianjin qui avoisine les 4 avions par mois et à l’horizon 2018 à Mobile qui assemblera alors 4 avions par mois." Soit un capacité théorique de 552 avions monocouloirs par an (11'040 avions sur 20 ans). 

Marché: Dans sa dernière "Global Market Forecast2011-2030", Airbus prévoit un marché sur 20 ans de 19'170 avions monocouloirs, soit une part de marché avoisionnant les 58%. Un pourcentage loin d'être excessif en 2011 puisque le constructeur européen détient 59% du carnet de commandes des avions de cette catégorie (Air & Cosmos n°2296 20 Janvier 2011). Airbus sera néanmoins mis au défi de l'avion 737 MAX de Boeing, du C919 chinois et du MS-21 russe. Autant de concurrents qui pourraient faire fondre ses perspectives commerciales et du coup imposer une réorganisation industrielle des chaines d'assemblage. Toulouse qui se spécialise sur le long courrier (A350, A380), devrait rapidement s'effacer au profit d'Hambourg. 

Aides publiques en Alabama: la presse américaine s'est faite l'écho du niveau des subventions publiques qu'Airbus va toucher pour son implantation à Mobile en Alabama. "State, local incentives of nearly $158.5 million sealed Airbus deal". Ce montant n'a rien de surprenant dans cet Etat américain habitué à faire des chèques confortables pour attirer des industriels : ainsi, selon All Alabama, l'Etat a soutenu l'implantation d'Honda avec $158 million (incentives+tax breaks 1999), de Hyundai avec $252 million (public and private incentives 2005) et de ThyssenKrupp AG avec $811 million (usine Calvert de  2300 salariés). Les américains, défenseurs de l'entrepreneuriat et de la main invisible du marché, ne trouvent rien à redire : "Keivan Deravi, an economist at the Auburn University Montgomery, estimates that the proposed Airbus final assembly line will generate about $162 million worth of additional demand for goods and services in Alabama over the next three years, a payback which almost covers the entire cost of incentives." (All Alabama)


MAJ1 : 11 juillet 2012

BOEING: "Boeing boss McNerney about Airbus plant in Alabama : Commercial market doesn't look where you assemble airplanes" (source: Vincent Lamigeon Challenges)


Déclaration de la CFDT soulève plusieurs enjeux quant à la création de la ligne d'assemblage aux Etats Unis : Cette implantation appelle un certain nombre d’interrogations sur la stratégie et les réelles motivations d’Airbus. 

- Les montées en cadence prévues sur les trois autres chaînes de montage 320 sont-elles remises en cause ?
- À contrario, lors d’un retournement de conjoncture, comment seront gérées les baisses de cadence ?
- Quelle sera la capacité d’Airbus à gérer quatre chaînes d’assemblage pour la même famille de produits ?
- Comment la « supply chain » déjà sous tension extrême, va-t-elle assurer ce surcroît de charges ?
- Quel est l’impact sur le réseau de sous-traitants européen ?
- Cette implantation va-t-elle conduire à d’autres délocalisations aux États-Unis pour les activités d’Aerolia et Premium Aerotec ?
- Quelle est la rentabilité d’une chaîne aux États-Unis, compte tenus des coûts de main-d’œuvre équivalents à l’Europe auxquels s’ajoutent des coûts de logistique Europe – États-Unis pour les sous-ensembles ?
- Quelle est la cohérence entre Airbus qui se dit entreprise citoyenne en Europe et qui souhaite s’implanter en Alabama, état classé « antisyndical » aux États-Unis ?


"La CFDT rappelle que Boeing vend des avions en Europe et en Chine sans chaînes d’assemblage dans ces continents."


"La logique d’une implantation d’une chaîne A330 en Alabama pouvait justifier l’implantation aux États-Unis en compensation du marché militaire des avions ravitailleurs. Aujourd’hui l’implantation de la chaîne A320 ne rentre pas dans cette logique."